Le PIC à Clermont-Ferrand : comment une friche Michelin est devenue le plus grand coworking de France ?

travailler-au-pic- Plus grand Espace de Coworking en France

Ouvert en janvier 2026 et inauguré le 5 mai, le Pôle d’innovation collaboratif occupe 18 000 m² sur l’ancien site industriel de Cataroux. Six mois après ses débuts, le projet auvergnat affiche 95 entreprises installées et un taux de remplissage de 60 %. Retour sur un pari immobilier de 64 millions d’euros qui interroge le modèle de l’attractivité des métropoles moyennes.

Un morceau de l’histoire industrielle clermontoise remis en service

Le site de Cataroux appartient au paysage clermontois depuis plus d’un siècle. Michelin y a produit, stocké, testé. Puis les usages ont changé et des bâtiments entiers se sont vidés.

Le groupe a lancé en 2020 une opération de régénération de ces espaces inoccupés. Elle porte un nom : le Michelin Innovation Park Cataroux. Le PIC en constitue l’un des quatre pôles, aux côtés d’un centre dédié aux matériaux durables, d’une manufacture des talents et d’un futur quartier en développement.

L’opération a été portée par Cardinal Promotion, avec Z Architecture à la conception, pour le compte d’une foncière dédiée. Cinq acteurs du territoire s’y sont associés : le Crédit Agricole Centre France, le groupe Michelin, la Banque des Territoires, la Caisse d’Épargne Auvergne Limousin et la CCI Puy-de-Dôme, aux côtés de Clermont Auvergne Métropole. Montant mobilisé : 64 millions d’euros.

Ce tour de table dit quelque chose de la méthode. Le capital reste local. La décision aussi.

18 000 m² pensés comme un quartier, pas comme un immeuble de bureaux

Le PIC s’étend sur cinq bâtiments interconnectés et six niveaux. Le programme dépasse largement la location de postes de travail.

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On y trouve près de 2 000 postes de travail répartis entre bureaux privatifs et espaces partagés, 51 salles de réunion de 2 à 84 places, deux auditoriums, un studio de streaming, un studio son et une salle de projection.

À cela s’ajoutent 97 studios de coliving. La cible affichée dépasse les salariés des entreprises hébergées : nomades numériques, consultants en mission, cadres en test avant installation.

Le volet services complète l’ensemble. Un espace bien-être avec spa, jacuzzi, salle de sport, salle de sieste et salon de coiffure. Un food court de huit kiosques, un coffee shop et un bar central, ouverts au public. Une salle de conférence de 200 places qui bascule en salle de concert le soir.

Le projet revendique enfin une dimension environnementale, avec une certification BREEAM Very Good et 11 000 m² d’espaces végétalisés répartis dans un parc arboré. L’enjeu affiché : réduire l’îlot de chaleur urbain sur un secteur historiquement minéral.

Six mois d’exploitation : les chiffres

À l’occasion de l’inauguration officielle du 5 mai, en présence du président du groupe Michelin Florent Ménégaux, le cofondateur et gérant Tristan Colombet a livré un premier bilan.

Après trois mois d’exploitation :

IndicateurValeur
Entreprises installées95
Coworkers quotidiensenviron 1 000
Taux de remplissage60 %
Événements organisésplus de 170

Le profil des occupants est volontairement large. Solopreneurs, startups, grands comptes. Capgemini, Michelin, le Crédit Agricole, Atos et Euromaster figurent parmi les entreprises présentes. Un partenariat a également été signé avec l’Université Clermont Auvergne dès l’ouverture.

Sur le plan économique, le seuil des 70 % de remplissage a été présenté à l’ouverture comme le point d’équilibre financier visé pour la fin 2026. Les 60 % atteints en mai sont décrits par les fondateurs comme un niveau proche de la rentabilité. L’ambition à moyen terme se situe autour de 90 %, sans viser le remplissage total : une marge reste nécessaire pour absorber le turn-over.

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La question qui divisait avant l’ouverture

Elle a été posée frontalement dès janvier par la presse régionale. Le plus grand espace de coworking de France a-t-il sa place dans une agglomération de 273 000 habitants ?

L’argument des porteurs du projet tient en un mot : flexibilité. Les entreprises s’installent sans engagement long, avec des surfaces ajustables.

Le témoignage d’un dirigeant local recueilli à l’ouverture illustre ce raisonnement. Vincent Chabredier dirige Ouvrages, une société de développement logiciel. Ses bureaux du centre-ville étaient devenus trop grands depuis la généralisation du télétravail. Sur six collaborateurs, trois seulement sont présents physiquement à Clermont-Ferrand. Il a installé son équipe au PIC fin janvier, en citant la sortie de l’isolement du travail à domicile comme motivation.

C’est probablement là que se joue la pertinence du modèle. Le PIC ne remplace pas un parc de bureaux existant. Il absorbe le mètre carré devenu inutile ailleurs et le mutualise.

Le vrai défi : la notoriété

Reste un obstacle que les chiffres de remplissage ne mesurent pas. Le PIC doit se faire connaître au-delà du bassin clermontois.

Le positionnement le suppose. Un coliving de 97 studios et une offre événementielle de cette taille ne se remplissent pas avec la seule demande locale. Il faut capter des séminaires, des équipes distantes, des entreprises régionales en recherche de point de chute.

Le contexte n’aide pas. La crise des carburants pèse sur les déplacements professionnels et sur les arbitrages budgétaires des directions. Interrogé sur ce point lors de l’inauguration, Tristan Colombet a maintenu ses objectifs.

Ce que le cas clermontois dit aux autres territoires

Trois enseignements se dégagent pour les collectivités qui observent l’opération.

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Le foncier industriel dormant est une ressource. Cataroux se situe en cœur de ville. Sa réactivation évite une extension périphérique et réutilise des réseaux existants.

L’ancrage capitalistique compte. Banques régionales, industriel historique, CCI, Banque des Territoires et métropole. Aucun de ces acteurs n’aurait porté seul un investissement de 64 millions d’euros sur ce type d’actif.

Le bureau seul ne suffit plus à créer de la valeur. Ce qui se vend au PIC, c’est un ensemble : restauration, hébergement, événementiel, services. Le poste de travail n’en est que l’entrée.

Le rendez-vous est désormais fixé à la fin 2026. Le taux de remplissage dira si le pari tenait de la vision ou de la démesure.

Charles est passionné par les territoires, les savoir-faire locaux et les initiatives qui font vivre la France d’aujourd’hui. À travers ses articles, il met en lumière les richesses du patrimoine, les innovations rurales et les visages qui façonnent nos régions.

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