Guéret : l’étang de Courtille sera de nouveau plein en janvier 2026
À Guéret, l’étang de Courtille n’aura jamais autant occupé les conversations. Asséché depuis fin 2024 pour la première fois depuis sa création en 1968, le plan d’eau emblématique de la Creuse s’apprête à retrouver son visage familier. Si tout se déroule comme prévu, les 315 000 m³ d’eau seront de retour d’ici la fin janvier 2026. Ce sera la fin d’une opération inédite contre les cyanobactéries et le début d’une nouvelle ère pour ce site de loisirs.
Une vidange inédite pour lutter contre les cyanobactéries
Pendant plusieurs étés, la prolifération des cyanobactéries avait contraint la mairie de Guéret à interdire la baignade et, parfois, l’ensemble des activités nautiques. Ces micro-organismes, favorisés par la chaleur et l’excès de phosphore dans les sédiments, représentaient un risque sanitaire trop élevé.
Face à une situation devenue ingérable, la municipalité a pris une décision radicale : vider totalement l’étang. Une première en plus de cinquante ans. L’objectif : laisser pousser une végétation sur le fond asséché afin qu’elle capte le phosphore piégé dans la vase. « Rien ne nous garantissait que cela fonctionnerait », confie Marie-Françoise Fournier, maire de Guéret, à nos confrère de La Montagne. « Mais la végétation a bien pris, et cela nous a facilité la tâche. »
Cette méthode, déjà utilisée ailleurs en France, repose sur un principe simple : transformer un problème en solution. En se développant, l’herbe emprisonne le phosphore, réduisant ainsi le risque de nouvelles proliférations. Reste à vérifier l’efficacité du dispositif une fois l’étang remis en eau, ce que la commune suivra de près.
Des travaux indispensables autour du site
La remise en eau de l’étang n’est pas qu’une affaire de patience. Depuis l’été 2025, les agents municipaux s’activent. Le curage des ruisseaux alimentant le plan d’eau a été effectué, tout comme le nettoyage des abords et l’entretien des infrastructures.
Parallèlement, plusieurs espaces naturels constitués de roselières ont été aménagés pour filtrer les eaux de ruissellement, qu’elles viennent de la route ou des exploitations agricoles voisines. Objectif : réduire les apports de nutriments qui favorisent les cyanobactéries. Une étude de la Chambre d’agriculture a par ailleurs confirmé que les activités agricoles du secteur étaient conformes aux bonnes pratiques environnementales.
Autre étape importante : la rénovation du moine, ce système de régulation du niveau de l’eau installé dans les années 1960. Jugé vétuste et peu sécurisé, il a été modernisé et agrandi pour permettre une gestion plus fine des flux. Le budget global de ces opérations atteint environ 150 000 euros, un investissement jugé nécessaire pour garantir la pérennité du plan d’eau.
Un remplissage progressif à partir de novembre
La phase la plus attendue débutera à la fin du mois de novembre 2025. Les vannes seront fermées, permettant à l’eau de s’accumuler progressivement. Le processus dépendra toutefois des conditions météorologiques : pluies régulières et débits des ruisseaux conditionneront la vitesse de remplissage.
Les services techniques de la ville estiment que l’étang pourrait être totalement rempli entre la mi-janvier et la fin janvier 2026. Une échéance qui marquera la renaissance d’un site cher aux Guérétois.
Et après ? Pêche, baignade et suivi écologique
Une fois l’eau revenue, la société de pêche locale sera chargée du rempoissonnement. Certaines espèces seront volontairement écartées, notamment celles qui remuent trop les fonds et risqueraient de libérer à nouveau le phosphore piégé. La zone de pêche sera élargie, afin de diversifier les usages et d’accueillir plus de pratiquants.
La baignade, activité emblématique de l’été à Courtille, pourrait également reprendre, sous réserve des résultats du suivi écologique. La commune s’est engagée à réaliser un contrôle régulier de la qualité de l’eau, une obligation légale, mais aussi une nécessité pour restaurer la confiance des usagers. « On espère sincèrement que l’eau sera purifiée. Sans cette opération, même les promenades autour de l’étang auraient pu, à terme, être interdites », souligne la maire.
Un site emblématique pour Guéret et la Creuse
L’étang de Courtille n’est pas un plan d’eau comme les autres. Depuis sa création en 1968, il est devenu le poumon de loisirs de la ville de Guéret et un repère identitaire pour les habitants de la Creuse. Promenades, baignade, pêche, cyclisme, manifestations sportives ou culturelles : il concentre une grande partie de la vie sociale et touristique du territoire.
La vidange a logiquement entraîné une baisse de fréquentation, estimée à près de 50 %. Malgré des animations terrestres organisées par la mairie, l’absence d’eau a freiné l’élan habituel. Certains promeneurs ont toutefois apprécié la transformation temporaire du paysage, recouvert d’herbes hautes et de fleurs, donnant au site un visage inédit.
Pour marquer le retour de l’eau, la municipalité prévoit d’organiser une grande fête populaire autour de l’étang.
Un pari écologique qui engage l’avenir
La remise en eau de l’étang de Courtille n’est pas qu’un simple chantier hydraulique. Elle illustre la manière dont les collectivités locales doivent désormais composer avec les défis environnementaux. L’opération menée à Guéret mêle gestion technique, suivi scientifique et pédagogie auprès du public.
Si le succès est au rendez-vous, l’expérience pourrait inspirer d’autres communes confrontées aux cyanobactéries. Dans le cas contraire, la ville aura au moins tenté une solution innovante, plutôt que de se résigner à fermer durablement l’accès au plan d’eau.
En janvier 2026, les habitants retrouveront leur étang, plein et animé. Mais chacun sait désormais qu’il s’agit d’un équilibre fragile, à surveiller et à entretenir. Plus qu’un lieu de loisirs, Courtille devient le symbole d’une Creuse qui s’adapte et innove pour préserver son patrimoine naturel.




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